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  le blog stigny

Un jour de chasse à Stigny

24 Octobre 2006 , Rédigé par Jean-Pierre Nicod Publié dans #La Chasse

JOUR DE CHASSE

 

 

 

Onze heures, c’est l’heure d’arrivée du repas des chasseurs, livré par le traiteur du village d’à côté (Ancy Le Franc). Aujourd’hui nous avons droit au couscous façon Bourgogne avec merguez de porc et semoule collante. L’essentiel est que cela tienne au corps. Le temps est gris mais il ne pleut pas. Repas expédié rapidement avec limitation sur la consommation des boissons alcoolisées. J’ai fini par faire entrer cela dans les mœurs. Finalement tout le monde s’en porte aussi bien. J’ai même introduit l’eau minérale dont la consommation augmente d’année en année.

Le repas achevé, c’est le moment du rapport, c'est-à-dire de la décision sur la zone où va se dérouler la battue en fonction des traces qui auront été relevées le matin par les pisteurs. Il s’élève toujours des discussions car chacun est sûr d’avoir « remisé » le gibier mieux que les autres. Le rôle du président est de choisir le plus crédible. Une fois ce choix fait les capitaines de chasse vont faire tirer au sort les postes à tenir par les tireurs autour de la zone déterminée.

Ce dimanche je n’ai pas mes chiens, je suis donc posté et je tire le numéro 19. C’est une bonne place que j’aime bien, dans une petite vallée nommée « la combe Marion ». Le gibier y passe bien et il y a un grand découvert entre deux bois ce qui rend les tirs faciles et peu dangereux. Je donne les consignes de tir. Le maximum pour la battue est fixé à 3 sangliers de moins de 60 kilos, 2 chevreuils mâles de préférence et si les cerfs sont levés une biche et un jeune. Ces maximums ne sont pratiquement jamais atteints mais c’est une sécurité si on tombe sur de grandes bandes où il n’est pas question de faire un massacre.  

Midi quinze c’est le départ. J’ai prévu la pluie. Il y a un grand ciré dans le 4x4. Je porte mon pantalon de cuir, des bottes et une vielle parka chaude sur un gilet en polaire (cul gelé). Une chapka  en toile imperméable doublée polaire protège mon crâne déboisé.

J’ai choisi aujourd’hui dans mon arsenal une arme tchèque, une cabine à répétition manuelle BRNO CZ 537 calibre 7x64 (ogive de 7mm de diamètre étui de 64 mm de long). Elle est équipée d’une lunette de visée TASCO 1-6x42  (grossissement entre 1 et 6 fois, lentille de 4,2 cm de diamètre). Lourde, puissante et sûre. La lunette ne facilite pas le tir, au contraire, sans appui la visée directe est plus facile, mais elle permet d’éliminer mes défauts de vision de près.

Je m’installe sous deux pins jumeaux. Ce sont les arbres qui protègent le mieux de la pluie. Je glisse 5 cartouches dans le magasin de la carabine, je la met à la bretelle et je commence à attendre. Les bois sont silencieux, la traque n’est pas encore lancée.    

Soudain juste en face de moi, de l’orée du bois de l’autre côté de la combe, surgit un gros sanglier  mâle  de plus de 100 kilos qui galope dans ma direction. Il a plus de deux cents mètres de découvert à franchir. Il ne m’a pas vu et se dirige vers moi. J’épaule mon arme et le place dans ma lunette de visée au cas ou il me chargerait. Heureusement, à une cinquantaine de mètres, il m’aperçoit et dévie sur sa gauche. Je baisse la carabine : il était trop gros pour notre plan de chasse d’aujourd’hui. Avec ma trompe de chasse j’annonce le passage du sanglier : un coup long suivi de quatre coups courts.

La traque est partie maintenant. J’entends les encouragements des meneurs et les jappements des chiens. Au bout de quelques minutes, les jappements se transforment en abois caractéristiques : un gibier est éventé. La meute se lance sur sa piste. On suit dans les sous bois le trajet des animaux  qui est indiqué, avec un peu de retard, par les aboiements des chiens. Ces sont des sangliers. Cela se devine au trajet très tourmenté qui est suivi, avec des détours, des marches arrières, des crochets : typique du cochon. Les cervidés foncent en ligne droite, pas les sangliers qui s’y entendent à promener les chiens pour, souvent, finir par les semer. Un contournement de la combe est engagé. La chasse qui aurait du nous venir droit dessus vers l’orée où je me tiens, opère un vaste mouvement tournant pour regagner l’autre côté de la vallée d’où était sorti mon gros cochon. Après un ballet mis en musique par les chiens, l’affaire semble se concentrer à une centaine de mètres sur ma droite, de l’autre coté de la combe. Trop loin pour moi mais possible pour mon voisin de droite qui se trouve à 200 mètres environ de moi mais plus près de l’orée opposée à cause de la topographie des lieux.

Et finalement un sanglier se lance sur le découvert à près de 250 mètres de moi, trop loin, mais à portée de mon voisin. Je suis le cochon dans ma lunette, en se rapprochant de l’autre bord il est presque à ma portée, je pourrais le tirer mais cela serait incorrect pour mon voisin qui est mieux placé. Il tire le sanglier deux fois et le manque. Je pourrais tirer à mon tour, puisque je lui ai abandonné sa priorité, mais la bête est maintenant trop près de notre orée et l’angle de  sécurité de tir  est devenu trop aigu. Je risquerais d’atteindre mon voisin. Je me contente donc de regarder l’animal rembucher en espérant une meilleure occasion plus tard.

Nous annonçons à la trompe « sanglier manqué » (un long, quatre courts suivant les coups de fusils)       

La pluie commence à tomber. J’enfile mon ciré et je ferme les clapets de ma lunette pour éviter les gouttes sur les lentilles. Une bonne averse qui dure une heure. Les traques se poursuivent, un autre sanglier est manqué plus loin, un troisième est tiré et tué dans la traque (un long, quatre courts plus cascade de coups brefs appelée taïaut ou hallali).

Je reçois la visite des traqueurs qui s’informent des animaux vus. D’après les pisteurs il doit rester encore quatre ou cinq cochons dans les épines.

Et de fait, une demie heure plus tard, quatre « margoulins » sortent pratiquement entre les jambes de mon voisin malchanceux, qui manque un premier coup et dont l’arme (une semi automatique) s’enraye pour le second. Je ne peux pas les tirer, ils sont trop loin, près de 300 mètres. Quizz : Quelle annonce avons-nous faite à ce moment ?

Plus tard, un chèvre (chevreuil femelle) passera à ma portée mais je ne la tirerai pas : elle est pleine et a du mal à se déplacer tant elle est proche du terme. Va ma petite nous faire de beaux bicots  pour l’année prochaine!

Retour à la cabane, il est cinq heures. Bilan : un seul sanglier de 44 kilos mais quelle chasse !

Il faut maintenant dépouiller la bête, la partager et répartir les morceaux. Un ancien boucher se charge de la préparation et le président fait le partage et prépare les tickets de transport de gibier.

Il est temps de manger un morceau et de penser à reprendre la route.        

 

JPdNL 1/12/03         

 

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