Discours du 14 juillet 97 lu par A.Lenief
ce texte a été lu(difficilement) par André Lenief devant le monument aux morts. Je pensais qu'il ne serait pas bien compris car il est un peu difficile et la lecture qui en fut faite ne l'a pas rendu plus accessible mais à ma grande surprise j'ai eu des commentaires qui m'ont démontré que plusieurs auditeurs l'avait reçu et compris.
Rien !
RIEN. Ces quatre lettres figurent sur le journal intime du roi Louis 16 à la date du 14 juillet 1789. On peut lui pardonner cette bévue historique quand on sait qu’à l’époque, les nouvelles mettaient une journée pour aller de Paris à Versailles.
Ce RIEN, c’était le peuple de Paris, conduit par une bourgeoisie éclairée, qui se ruait à l’assaut du symbole de l’arbitraire Royal.
Ce RIEN, c’était les hommes de la Révolution qui allaient fonder la République, affirmer le droit du peuple, jeter les bases du suffrage universel, décréter l’abolition de l’esclavage, la fin des privilèges et surtout écrire ces Droits de l’Homme qui, deux siècles plus tard, restent l’espoir des pays encore opprimés.
Le 14 juillet 1789, sous les murs de la Bastille, ils ont semé le germe de la République et du monde moderne. Sur les ruines de l’ancien régime, ils ont fondé l’édifice de toutes les démocraties actuelles, dont celle des Etats Unis d’Amérique.
Trois ans plus tard, Dumouriez et Kellerman, à VALMY, stoppaient l’avance des Prussiens du duc de Brunswick. Pour la première fois des hommes se trouvent armés côte à côte pour se battre, non pas pour un seigneur ou pour un roi, mais pour une Patrie dont ils découvrent l’existence.
La NATION FRANCAISE est née ce jour-là.
Portée jusqu'à nous par les fils de ces hommes et de ces femmes de la Révolution, c’est une certaine idée de la France qui est née en ces jours d’HISTOIRE. C’est elle que reprendront les libérateurs de 44/45, pour chasser l’envahisseur nazi du territoire de la Nation.
Mes chers amis, si je me souviens aujourd’hui des lointaines leçons d’Histoire de France, que j’ai reçues dans l’école de ce village, c’est que je mesure combien tout ce passé porte en lui de richesses et d’enseignements.
Les jeunes gens de notre époque affectent souvent d’ignorer tout ce qui n’est pas actuel. Trop peu d’entre eux sont avec nous, en ce jour. Comme j’aimerais leur dire que l’avenir plonge ses racines dans le passé et qu’un présent qui renie le passé est un présent sans avenir.
Il faut connaître les erreurs anciennes pour ne pas les renouveler. Ainsi des conflits internes qui ne sont que le prolongement de haines ancestrales, comme en BOSNIE ou au RWANDA, pourraient être évités.
Il faut se souvenir des savoirs accumulés dans l’expérience des anciens. Ces petits gestes, ces tours de main qui font la différence entre un jardin qui produit et un autre qui ne donne rien. Refuser l’héritage de la sagesse c’est se condamner à repartir de zéro et donc à reculer pour repartir ensuite chargé du poids de l’ignorance.
L’Europe qui nous anime en cette fin de millénaire était déjà dans la pensée de Charlemagne, il y a 12 siècles. Celle qu’il construisit alors ne survécut pas au partage de son empire entre ses fils. Plus tard, Napoléon premier tenta à son tour, après d’autres, de conquérir un espace Européen à la pointe de l’épée.
Ce rêve sombra comme on le sait, écrasé par son propre poids.
Conrad Adenauer, Charles de Gaulle, Jean Monnet, Robert Schuman ont repris le flambeau d’une Europe pacifique, ils nous le transmettent. A nous tous, à vous les Jeunes, de construire votre Europe. Ni celle de l’argent, ni celle des pouvoirs ou des canons mais celle des hommes et des femmes de ce continent.
Il ne peut pas s’agir d’une Europe de l’exclusion. Nous vivons, de l’Atlantique aux plaines de l’Ukraine, sur les terres les plus fertiles du monde. Elles ne doivent pas connaître de jachère quand un quart de l’humanité meurt de faim.
Il vous faut, jeunes Européens, inventer les nouvelles règles des échanges mondiaux qui garantissent à tous le pain et le travail pour le gagner.
Si vous ne le faites pas, c’est avec des armes que les affamés du tiers monde viendront remettre vos champs en culture. Le chantier est immense : il est à votre mesure. Vous avez l’expérience de l’histoire, les immenses possibilités des sciences modernes et la vie devant vous.
Si vous ne reniez rien, si vous faites de ce problème votre problème, vous ne pouvez pas, vous ne devez pas échouer. Ne croyez surtout pas pouvoir rester à l’écart : vous êtes dans la bataille et vous devez la gagner ou disparaître.
Dans ce nouvel ordre Européen et Mondial, la France cœur et moteur de ce rassemblement trouvera la place qui lui revient de droit : celle que lui ont réservé et conquis les hommes et les femmes de 1789.
14 juillet 1997, Stigny
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