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  le blog stigny

Les vignes de Stigny

7 Décembre 2005 , Rédigé par Jean-Pierre Nicod Publié dans #La Vigne

Stigny et ses vignes.
 
Un peu d’histoire. Stigny est une commune à cheval sur la Bourgogne et la Champagne. D’anciennes cartes font de l’Armançon la limite entre les deux provinces. Depuis, la frontière s‘est déplacée jusqu’au delà de Laignes. Avec une telle ascendance on aurait pu croire que les habitants de notre village auraient basé leur économie sur le vin. Or il n’en fut rien. On ne peut qu’en imaginer les raisons mais je pense que Stigny a « souffert » de la trop grande richesse des ses terres agricoles, aptes à fournir les céréales, le fourrage et le bétail dont les voisins viticulteurs avaient besoin.   
Mais le vin a toujours été très présent, au moins jusqu'à l’invasion du phylloxera dont nous reparlerons. L’agriculture d’avant la mécanisation demandait une main d’œuvre abondante et le vin était, et est encore, une boisson hygiénique et bon marché (quand on le fait soi même et qu’on en abuse pas). Donc chacun avait sa vigne sur les coteaux bien exposés : la croix Saint- Jacques, Courmeley, Dessous les vignes etc…
Puis vint la catastrophe historique que fut le phylloxera. Ce petit insecte mortel pour la vigne a détruit au début du 20ème siècle plus de 90% du vignoble Français. Un cataclysme dont on a du mal a imaginer ce qu’en furent les conséquences économiques, bien sûr, mais aussi humaines, culturelles et politiques. Un siècle plus tard des traces en subsistent encore dans notre société et dans nos goûts. La vigne Française fut peu a peu régénérée par des plants venus d’Amérique et qui résistaient a ce minuscule prédateur qu’on ne savait pas combattre. Les vignes d’aujourd’hui sont donc des descendantes des plants d’outre atlantique et, même si cela nous blesse du côté de notre chauvinisme bien connu, quand nous savourons un bon Chablis, nous le devons aux viticulteurs Américains. Pour l’anecdote, il subsiste encore quelques vignes qui ont survécu à l’envahisseur, une ou deux douzaines en France. L’une d’elle se trouve près de Chablis à Bernouil sur l’exploitation de M.Fournillon-Champeix.
Stigny n’a pas échappé au puceron ravageur et les vignes ont été exterminées. Pour restaurer les vignobles il fallait investir des sommes colossales qui étaient hors de portée de gens qui ne faisait pas de la vigne leur gagne-pain. Il n’y eu donc pas de reprise de l’activité viticole. Le coteaux furent abandonnés. Des vergers remplacèrent les treilles, et des pâturages là où c’était possible. L’élevage du mouton a dû certainement se développer à cette époque. A la place du vin de pays on a bu du cidre et d’autres vins achetés dans le midi où les ceps replantés fournissaient en grande quantité un produit de basse qualité pour répondre à la demande énorme du pays privé de ses productions familiales. L’ère des pinardiers et du 11° ravageur date de cette époque. Beaucoup de ravages de l’alcoolisme également. 
Mais le vin et la vigne sont si profondément ancrés dans notre inconscient qu’au fil des années de nouveaux pionniers ont replanté leurs petits champs magiques. Ils avaient nom Colin, Groseillers, Zanconnatto, Lenief etc..Leurs treilles abandonnées (sauf celles d’André Lenief) courrent encore sous les friches et on peut les découvrir en arpentant les buissons sur les coteaux.
Vinrent alors d’autres fous de la vigne, le premier, celui qui écrit ces lignes, amoureux de cette plante biblique depuis son Jura d’origine, a cherché des années durant a acquérir une parcelle apte pour cette culture. Ce fût chose faite à la fin des années 80. Un jour, je raconterai peut-être cette aventure, car cela en a été une, et de taille. Le second fut Claude Guillaudin, puis Jean Charpentier, Bernard Talon et Franck Truchy. Avec des résultats variés en fonction de l’engagement de chacun dans cette culture difficile. La vigne est une maîtresse exigeante et qui ne supporte aucune rivale ni aucune baisse d’attention à son égard. Elle aime aussi la liberté et si on l’entoure de soins trop jaloux on peut obtenir l’inverse de ce que l’on espère.
 
Refermons pour l’instant notre livre d’histoire et regardons ensembles vers les coteaux. Entre la vigne du clos saint Jacques qui date du milieu des années 40 et les vignes plantées plus tard, la différence essentielle est le cépage ou plutôt les cépages (variété de raisin). Il existe des centaines de variétés de raisin différentes. Et très différentes en goût, teneur en sucre ou en tanin et en « extraits secs » (ce qui reste quand on évapore le jus). Les cépages sont également choisi en fonction de leur adaptation au climat de la région où on va les cultiver. Ainsi, le Chardonnay, cépage roi du Chablis et du Champagne haut de gamme, ne pousse bien que dans les régions aux hivers froids et aux étés chauds.    
La vigne d’André Lenief a été replantée avec des cépages de type anciens qui ne portaient plus de noms mais des numéros et c’est bien dommage car les anciens noms certainement pleins de poésie ont été oubliés. Ces vignes étaient greffées sur les plants américains. La qualité des raisins recherchées était celle des raisins donnant le vin familial d’avant le phylloxera. Un vin épais et puissant peu alcoolisé et apte à être coupé d’eau pour la boisson du quotidien . C’est cette boisson hygiénique qui « faisait des centennaires à ne plus que savoir en faire » dont l’usage n’a pas survécu aux vignes anciennes. Chez André Lenief le vin restait celui là. Et il choquait bien des palais habitués maintenant aux vins modernes plus légers, plus subtils mais plus forts et plus dangereux et surtout moins naturels.
Il subsiste à Stigny trois cépages de type ancien deux rouges et un blanc. Un des rouges est un survivant de la vigne de Jean Lenief (le frère d’André). Ce cep unique pousse en treille chez Antoine Adam. Les deux autres cépages sont dans la vigne d’André Lenief. Ces cépages sont absolument introuvables et sont peut être parmi les derniers survivants connus. Ils sont très productifs et très résistants aux maladies mais impropres à la vinification moderne car ils donnent, pour les rouges, un vin très coloré et épais aux arômes masqués par la puissance des goûts primaires. Le blanc est par contre très agréable et, sans avoir la saveur du Chardonnay, Il donne un vin blanc qui peut s’approcher des Chablis en plus léger.           
Les autres vignes des nouveaux pionniers sont plantées en Gamay (cépage du Beaujolais), Pinot (cépage de base du Bourgogne), César (vieux cépage aux peaux colorantes),  Chardonnay et Chasselas (pour les blanc). Ces plants proviennent des pépinières de la région de Chablis et de la région Lyonnaise (pour le Gamay). Ils sont loin de la productivité des vieilles variétés et très sensibles aux maladies (en particulier à l’oïdium un petit champignon tueur de raisin). Seuls des traitements étudiés avec les ingénieurs viticoles de Chablis, appliqués régulièrement et avec soin ont permis de les acclimater avec succès (et avec des hauts et des bas).
Maintenant il nous faut réfléchir ensemble au moyen de sauvegarder les trois vieux ceps de Stigny qui sont menacés par l’arrêt prochain de l’exploitation de la vigne du clos St Jacques. Il est possible de les faire greffer sur des souches modernes. Nous allons le faire cet hiver avec l’aide des pépinières Chalmeau de Chitry. Ensuite il va falloir trouver une solution pour les planter. Où, comment qui va accepter de les parrainer ? La vigne c’est une histoire d’Amour. Y-t-il des Amoureux à Stigny ?
 
       Jean-Pierre Nicod Octobre 2004  
 
 
 
Sur les coteaux zébrés de treilles majuscules
Non loin de la forêt où bauge le ragot
Les chemins de vendanges aux pavés inégaux
Emportent l'or des vignes aux chais de crépuscule
 
En ces temps incertains où la saison bascule,
Quand des granges énormes ou sort les fagots,
Quand on remise enfin la houe et le bigot
Nous vient la nostalgie du beau temps qui recule.
 
Sous les derniers rayons que ses grappes recueillent,
Le cep, désolé de voir roussir ses feuilles,
Pleure en larmes de vin la fin d'un bel été 
 
Et le poète aux bois, assis sur une souche,
Un fétu mâchonné dans le coin de la bouche
Jouit de tous les parfums d'un octobre enchanté.                     
 
JPN 1999
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